Le tracteur vigneron Vidal


Georges Vidal, élève officier à l'école d'Artillerie

Georges Vidal, frère cadet d'Emile, était diplômé de l'école Centrale des Arts et Manufactures de Paris (même promo que Pierre Maurisset) dont il sort avec la seconde place. Il commença sa carrière en Guadeloupe où il mit en pratique son imagination et son ingéniosité à moderniser les centres de production de rhum et de sucre en les mécanisant. Suite à une tuberculose contractée dans les îles en 1913, il ne put participer à la Grande Guerre. Il arrive à Montpellier en 1919 dans un état physiologique qu'il dépeint lui même d'une façon tragique :Je suis un apprenti cadavre. Soumis à une quasi immobilité, toute conversation lui est pénible et penser un gros effort.

La Société de construction du tracteur vigneron Georges Vidal prit naissance en même temps que la motoculture en France. Durant ces heures de chaise longue, il voit de la terrasse de son clos, les chevaux des propriétés voisines cultiver péniblement et lentement les longues rangées de souches. Il étudie d'abord longuement la culture de la vigne. En 1920, Georges Vidal, en s'inspirant du jeu de Meccano de son neveu, présente alors un enjambeur sur chenilles dont les plans sont exécutés, sous sa direction, par son infirmière, mère et secrétaire fidèle, Marie Savary. Tâche très ingrate pour une mère qui craint de mécontenter son fils par une erreur de chiffre ou de cote. Au sein des ateliers de l'Agence Renault que dirige son frère, Émile, le projet prend forme, et au début des années trente sa réputation est acquise, grâce en particulier, à un tracteur étroit qui se distingue par un barbotin de très grand diamètre. Le tracteur est déjà équipé d'un système de relevage des outils par treuil et chaînes. Georges décède peu après, en 1926, et l'affaire est reprise par son frère Émile.

Sa mère et son neveu, Michel Vidal en 1914
entête de la STVGVAction de la STVGV

Le relevage s'effectuant à la verticale, la longueur de l'ensemble tracteur-outil et l'espace perdu en fourrière s'en trouvent réduits. Le principal obstacle à la motoristaion de la vigne est surmonté. A Carcassonne, du 19 au 21 février 1937, Emile Vidal présente son tracteur interligne type MA dont la largeur n'excède pas 0,86 ml pour une longueur de 2,50 ml. Il est motorisé par un moteur Baudouin 20/30cv, 4 cylindres, à essence, refroidi par eau. L'embrayage est encore du type à cône garni de Ferodo, la direction est assuré par un système breveté à 2 embrayages latéraux qui lui permet de virer sur place dans un rayon de 1,25 ml. C'est un tracteur de la classe du Cletrac E31, il pèse près de 2 200 kg.

l'enjambeur le vigneron le vigneron sur pneus à Lavalette en 1954
Photo du MR 205 de Marc Bourgetel Photos d'un modèle MR antérieur à 1937 communiquées 
par Marc Bourgetel

 

Dès la Libération, la Société Georges Vidal reprend la construction des tracteurs à chenilles étroits et enjambeurs. Une petite production, de 100 unités entre les années 1946 et 1954, qui s'échelonne entre les gammes E, N et L. Le modèle E est équipé d'un moteur Renault type 85 x 105 mm, 4 cylindres à soupapes latérales donnant 25 cv au volant et 19 cv à la barre de traction. Les modèles N et L reçoivent, quant à eux, des diesels DOG Irat 4 C100 délivrant 38 cv à la poulie et 31 cv à la barre. Ces modèles étaient les seuls particulièrement adaptés à la mécanisation rationnelle des vignobles étroits et en forte déclivité. Le modèle N, plus spécialement désigné pour les cultures en lignes a une voie de 2 ml. Les trois tracteurs sont équipés de tuiles de 210 mm et d'une boite de vitesse à 2 rapports avant et une marche arrière. Les articulations des chenilles sont constitués de blocs de caoutchouc portant sur le sol et autorisant ainsi des déplacements sur route.

Peu à peu la société abandonne la construction pour se consacrer à la distribution. En 1954, Emile Vidal, président de la CCI de Montpellier et un des fondateurs des Journées de motoviticulture de Montpellier, présente lors de ces journées des outillages et des tracteurs qu'il importe de chez Allis-Chalmers ou qu'il achète à St-Chamond sous les modèles PM2, PM5 et ADN 4. Il représente également le constructeur allemand Unirag producteur d'un petit modèle de 10 cv et de 0,68 ml de large. La fabrication du St-Chamond perdure aujourd'hui mais fabriqué sur commande pour quelques languedociens sous le nom TVL, "tracteur vigneron languedocien"

Le tracteur Vidal, comme le Fouga, fut apprécié dans la Midi et en Languedoc pour sa polyvalence. A la mort d'Emile en 1958, la Société Georges Vidal fut dissoute par ses héritiers.

d'après
Jean Noulin in "Histoire des tracteurs à chenilles"
et ...
Rapport du Conseil d'Administration de 1926

et... les souvenirs avisés d'Annie Vidal (1916- †2004)
les photos de Marc Bourgetel et ...
les documents publicitaires de Nelly Gounelle.
Nous vous remercions tous !


La voiture est entrée très tôt dans la famille Vidal, Émile au volant et Georges à la manivelle
Extrait du "Dictionnaire des Personnalités de l'Hérault" de Pierre Clerc - édition 2006
VIDAL (Émile), né le 12 janvier 1884 à Vannes, mort à Montpellier le 15 décembre 1958. Fils d'Édouard, un officier d'infanterie natif de Mazamet; élève du lycée de Narbonne, il entre à l'école supérieure de Commerce de Montpellier dont il sort second en 1903. Il est alors embauché par Louis Renault à Billancourt dont il deviendra le secrétaire particulier jusqu'en 1911. Il fonde alors à Montpellier la 1ère succursale Renault. à partir de 1920 et parallèlement, il exploite les brevets de son frère, Georges, pour la fabrication et la commercialisation du Tracteur G. Vidal qui deviendra par la suite le TVL, tracteur vigneron languedocien, célèbre pour ses capacités d'adaptation sur les petites vignes. En 1934, il fonde l'Union des Syndicats patronaux du Commerce et de l'Industrie de l'Hérault. En 1930, il est nommé juge au tribunal de Commerce, il en devient le président en 1944 et le restera jusqu'en 1952. Membre influent de la CCI montpelliéraine jusqu'à sa mort. Outre les grades de chevalier de la Légion d'Honneur et du Mérite Agricole, il fut élevé le 16 décembre 1955 à celui de chevalier du St-Sépulcre, saisissante nomination pour un protestant convertit au catholicisme. Il avait épousé le 28 mai 1912 à Montpellier, Marie Hugonneau-Beaufet, fille d'un avoué de la ville et arrière petite-fille de Camille Cambon; elle disparut tragiquement lors du bombardement de Montpellier, le 5 juillet 1944. (Michel Chevallier).


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