Le Château de La Forest



Monographie donnée en novembre 1975 par Monsieur Million Rousseau, actuel propriétaire.

Le château de La Forest est situé sur un mamelon de la commune de St.-Jean de Chevelu et à peu de distance à droite du village de ce nom, aux pieds du Mont-du-Chat. Il offre une construction d'un bel aspect et dont l'imposante masse datant du XV° siècle devait avoir grand air, avant que la révolution n'eut fait raser sa tour centrale et ses quatre tours d'angle à hauteur de la toiture. La maison noble de la Forest (de Foresta) est une des plus considérables de la région de Yenne.
Sans doute le château a-t-il été érigé sur un édifice gallo-romain et les matériaux nécessaires à sa construction auraient été pris sur place. La question se pose de savoir qui a ordonné la construction de l'édifice, quel est l'architecte qui en a dressé les plans, et quel est l'entrepreneur qui a exécuté ses plans. Autant de questions qui demeurent sans réponses.
La tour Est est massive. Elle ne comporte ni réduits ni lucarnes contrairement aux autres. Elle est construite en direction de la méridienne du lieu, car au soleil la première ombre qui tombe sur la tour indique midi à l'heure solaire. Cette imposante bâtisse a certainement été ordonnée par une autorité importante, le duc de Savoie sans doute. C'était l'époque des châtellenies, et le souverain aurait ensuite attribué ce château à des serviteurs qui avaient rendu service. Les seigneurs ainsi investis avaient un rôle d'administrateur et des droits dans les châtellenies. C'est ainsi que d'après Guichenon la famille de Foresta, originaire des environs de Bourg-en-Bresse, soit St-Martin-du-Mont, s'est vu attribuer ce fief.
Quoiqu'il en soit nous connaissons quelques indications sur les seigneurs qui se sont succédés au château à travers les âges. L'on note : Berlion de La Forest, témoin avec Guy de Chevelu, dans la charte des franchises accordées par le comte Thomas en 1232 à la ville de Chambéry.
Pierre de La Forest par acte daté de Chambéry le 19 juin 1302, reconnait tenir en fief des biens provenant de Hugues de Seyssel, seigneur de la Batie.
En 1342, intervient une transaction de partage entre les frères et la soeur Claude, Pierre, Antoine de La Forest et Jacquemaz de La Forest, femme de François de Prelian.
En 1358, par acte fait à Yenne par le notaire Antoine de Fistilieu, Guillaume de La Forest reçoit en albergement des biens de Guillaume de Chevelu. Il avait figuré au tournoi du comte Vert à Chambéry en 1348, avec des armes qui étaient de sinople à la bande d'or frettée de gueule. Ces armes se voient encore à une lucarne de la tour nord, mais avec une barre au lieu d'une bande sur l'écusson.
Guillaume de La Forest fait une vente à Pierre de Cordon de la Barre. Il reçoit en 1343, hommage lige et taillable à miséricorde de divers habitants de la paroisse de Yenne et hors la porte de cette ville, appelée porte Paillance. L'acte est dressé par le notaire Jean Rubold, alias Thorency de Centagneu.
En 1377, il fait son testament reçu par le même Rubold, notaire.
En 1510, vivait François de La Forest marié à Louise de Martel et Claude de La Forest leur fils épousait en 1588, Antoinette de Seyssel. A cette époque, un rameau détaché de cette famille forme celle des seigneurs de Somont sur Yenne (de La Forest Somont). Vers 1600, vivait Philibert de La Forest seigneur du dit lieu, du Chatelard, de Chevelu etc ... Il fait son testament le 24 décembre 1646, au château de la Forest, portant d'abord legs à sa fille donnée (naturelle) Marguerite femme noble du Chatelard, puis institue pour son héritier universel Isabeau de La Forest mariée à Pierre de Grenaud, seigneur de Contamine, dont il veut que le fils aîné prenne le nom et les armes de La Forest. Ces armes étaient "écartelé de sinople et de gueules au lion d'or et bande chevronnée de gueules" l'écu primitif avait été modifié par alliance.
Le 1er octobre 1675, à la réunion de la noblesse du canton, l'héritier de La Forest figure sous le nom et titre de Joseph de Grenaud, seigneur de Condaminaz et de La Forest. Il est qualifié de la même manière comme témoin d'un mariage au château de Gremilieu le 9 juin 1688. Vers 1725, le fief appartenait à Jacques de Grenaut de La Forest, puis à son fils Joseph en 1735 et à son petit-fils Jean-Jacques en 1750.
Le fils de ce dernier, habitant son domaine de Samoens en Faucigny loue sa terre de La Forest à un fermier du pays (mon trisaieul) à la veille de la Révolution. Le 21 mai 1792, messire Joseph fils de feu Jean-Jacques de Grenaud, baron de St Christophe, seigneur de La Forest, natif de St Jean de Chevelu et habitant de Samoens sur la frontière suisse, afferme par bail son domaine de La Forest à François Million Rousseau. Le seigneur de Grenaud avait deux filles, l'aînée qui avait épousé le comte de Chabaud a émigré en Suisse avec son père. La deuxième, prénommée Sarde, ne suit pas sa soeur et regagne probablement La Forest où elle connut pendant quelques temps, aux dires des anciens du pays une existence difficile.
Les troupes du général Montesquieu pénètrent en Savoie qui devient française, le domaine de La Forest est sequestré par la nation. Mais pourquoi seulement sequestré et non spolié et vendu comme bien national comme les autres châteaux de la région? On peut supposer que la deuxième fille n'ayant pas émigré et étant devenue la citoyenne La Forest, elle avait peut-être attiré sur elle la bienveillance des sbires de la Révolution! Simple supposition!
La citoyenne La Forest avait épousé entre temps un notaire de la localité du nom de Dupasquier. La maison de ce notaire existe toujours; elle appartient à un pharmacien de Chambéry. De cette union est né une fille: Féronne Dupasquier qui est devenue par la suite mon arrière grand-mère. Voilà comment je suis apparenté à la famille La Forest.
Le comte de Grenaud est décédé en émigration et sa fille Marie, épouse de Chabaud, est devenue veuve. Héritière du domaine elle se fait rayer de la liste des émigrés en l'An X de la République. Le séquestre du château est levé par le 1er Consul. Elle retrouve l'intégralité de ses biens. Son château ayant été en partie démoli et n'ayant pas sans doute pas beaucoup de moyens pour gérer un domaine de cette importance, elle décide de le vendre. C'est ainsi que le 1er vendémiaire An XII, François Million Rousseau qui avait été anobli mais sans particule en fit l'acquisition. l'acte a été reçu par Me Philibert Reveyron, notaire à Yenne. Madame de Chabaud n'avait pas négocié elle-même la vente du domaine. Elle avait donné procuration à un certain de Sirace de Vallace pour la remplacer.
Depuis cette date le château est demeuré dans la famille Million Rousseau. Ce manoir familial, fort endommagé par le temps brave encore les intempéries.
L'arrété du 8 pluviose An II du citoyen Abbitte (de sinistre mémoire) représentant du peuple en mission dans le département du Mont-Blanc : considérant . . . arrété ce qui suit : tous les châteaux forts, forteresses, existant dans le département, toutes les tours, tourelles, murs à créneaux, meurtrières et canardières, mâchicoulis, ponts-levis et autres fortifications seront démolis sans délais et les fossés comblés... Le 30 ventose An II, l'agent national prescrit la démolition des tours du château de La Forest. Le 12 germinal An II, le travail n'est pas commencé. La municipalité est alors invitée à mettre de suite en réquisition tous les ouvriers disponibles. C'est Jean Machet, artisan entrepreneur, qui a été requis. Les matériaux de démolition ont comblé les douves qui entouraient le château. Les désastres provoqués par l'écroulement des tours ont été considérables: escalier de la tour centrale brisé, plafonds crevés, toiture endommagée et de nombreuses pièces éclairées par des fenêtres à meneaux délabrées.
On ne peut que déplorer l'aberration des idées révolutionnaires qui ont ainsi privé le pays d'une partie importante de son patrimoine et de son histoire locale.

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